enseignement

 mars 2018

 

Adossé à la porte, l'homme en manteau court bleu marine, belle confection et finition soignée, frôle de son épaule le tissu vert, fatigué, de mon vieux manteau.Nous sommes dans le métro, balancés comme il se doit par le trajet du wagon. Nous parlons peu, le niveau sonore nous le permettant à peine, mais mes voisins de gauche s'entretiennent suffisamment fort pour que je puisse comprendre la totalité de la conversation, destinée à instruire un jeune homme d'une quinzaine d'années, cheveux bouclés et yeux en amande, qui écoute attentivement.

Ils parlent de la réforme de l'enseignement et de l'importance de la formation. Le jeune homme au manteau bleu,menton levé comme beaucoup d'hommes de petite taille le font, parle avec confiance et précision, certain de ce qu'il avance et très professoral.

Le troisième interlocuteur, lunettes cerclées de faux or et bouche aux angles attirés vers le sol sale, est en mode grognon et se plaint de l'inconsistance de l'enseignement et de l'absurdité du recrutement en université.

Je suppose que ce monsieur inconsistant et fâché et le petit barbu bleu étaient des élèves parfaits et sont des enseignants efficaces...

Aux mots " arts plastiques", je dresse l'oreille.

- De toutes les façons, une heure d'arts plastiques et de musique, cela ne sert à rien au collège. Tu as des souvenirs, toi?

-Oh non, de toutes façon, elle était nulle ma prof.

- C'est bien ce que je te dis.

( je me tourne vers le jeune homme qui m'accompagne:-j'aurais presque envie d'intervenir la- mais non laisse tomber ces gens n'ont pas d'importance )

Le barbichu bleu:

- Ce sont des matières qui prennent la place à d'autres, les fondamentaux voila l'importance pour le socle

( je reconnais bien là le jargon de l'Education Nationale)

et les fondamentaux c'est çà qui te préparera à l'université.Tu ne crois pas?

-Ben oui, dit le jeune homme,il faudra.

-De toutes les façons, avant la guerre, quinze pour cent des élèves avaient le baccalauréat,  ( y en a-t-il besoin?), maintenant ce sont quatre-vingt-pour-cent, c'est pour te dire, çà ne sert a rien,  grommelle la monture de lunette à la bouche désabusée.

-Ben oui, dit le jeune homme, pourtant il faudra.

( la remarque m'est sibylline, je regarde mon fils: -non mais je ne peux pas laisser dire, c'est complètement sorti du contexte- mais laisse tomber ils vont descendre à la prochaine)

- enfin tu es bien d'accord que çà ne sert à rien, on y apprend rien, pense aux sciences...

-Ben oui, fait le docile, il faut bien.

La rame s'arrête, nous allons à un concert, tiens justement...

(Ecoute zut, je m'y mets- naaaaaaaaaaan, sourit mon fils, allez on descend-t'exagères

J'avais le temps de les rattraper dans le couloir, on est descendu ensemble )

Eh bien tiens en descendant!

Je tombe sur une affiche qui met un peu de baume au coeur, et je me dis que l'obscurantisme , c'est quotidien, et çà va avec l'ignorance et l'arrogance.

 

 

" l'île-de-France s'affiche comme une terre de cultures! Arts plastiques, musique, spectacle vivant, cinéma...."

 

Adossé à la porte, l'homme en manteau court bleu marine, belle confection et finition soignée, frôle de son épaule le tissu vert, fatigué, de mon vieux manteau.Nous sommes dans le métro, balancés comme il se doit par le trajet du wagon. Nous parlons peu, le niveau sonore nous le permettant à peine, mais mes voisins de gauche s'entretiennent suffisamment fort pour que je puisse comprendre la totalité de la conversation, destinée à instruire un jeune homme d'une quinzaine d'années, cheveux bouclés et yeux en amande, qui écoute attentivement.

Ils parlent de la réforme de l'enseignement et de l'importance de la formation. Le jeune homme au manteau bleu,menton levé comme beaucoup d'hommes de petite taille le font, parle avec confiance et précision, certain de ce qu'il avance et très professoral.

Le troisième interlocuteur, lunettes cerclées de faux or et bouche aux angles attirés vers le sol sale, est en mode grognon et se plaint de l'inconsistance de l'enseignement et de l'absurdité du recrutement en université.

Je suppose que ce monsieur inconsistant et fâché et le petit barbu bleu étaient des élèves parfaits et sont des enseignants efficaces...

Aux mots " arts plastiques", je dresse l'oreille.

- De toutes les façons, une heure d'arts plastiques et de musique, cela ne sert à rien au collège. Tu as des souvenirs, toi?

-Oh non, de toutes façon, elle était nulle ma prof.

- C'est bien ce que je te dis.

( je me tourne vers le jeune homme qui m'accompagne:-j'aurais presque envie d'intervenir la- mais non laisse tomber ces gens n'ont pas d'importance )

Le barbichu bleu:

- Ce sont des matières qui prennent la place à d'autres, les fondamentaux voila l'importance pour le socle

( je reconnais bien là le jargon de l'Education Nationale)

et les fondamentaux c'est çà qui te préparera à l'université.Tu ne crois pas?

-Ben oui, dit le jeune homme,il faudra.

-De toutes les façons, avant la guerre, quinze pour cent des élèves avaient le baccalauréat,  ( y en a-t-il besoin?), maintenant ce sont quatre-vingt-pour-cent, c'est pour te dire, çà ne sert a rien,  grommelle la monture de lunette à la bouche désabusée.

-Ben oui, dit le jeune homme, pourtant il faudra.

( la remarque m'est sibylline, je regarde mon fils: -non mais je ne peux pas laisser dire, c'est complètement sorti du contexte- mais laisse tomber ils vont descendre à la prochaine)

- enfin tu es bien d'accord que çà ne sert à rien, on y apprend rien, pense aux sciences...

-Ben oui, fait le docile, il faut bien.

La rame s'arrête, nous allons à un concert, tiens justement...

(Ecoute zut, je m'y mets- naaaaaaaaaaan, sourit mon fils, allez on descend-t'exagères

J'avais le temps de les rattraper dans le couloir, on est descendu ensemble )

Eh bien tiens en descendant!

Je tombe sur une affiche qui met un peu de baume au coeur, et je me dis que l'obscurantisme , c'est quotidien, et çà va avec l'ignorance et l'arrogance.

 

 

" l'île-de-France s'affiche comme une terre de cultures! Arts plastiques, musique, spectacle vivant, cinéma...."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les enfants me font rire. C'est certainement pour cette raison que je reste la, malgré la lourdeur administrative, les réformes imposées, mal préparées, pédagogiquement mal expliquées, ce qui est un comble, même lorsqu'elles ont un sens adapté aux évolutions de la société d'aujourd'hui.


Les enfants me font rire. Même s'il y a toujours des collègues pour me demander depuis quand je suis professeur de dessin, si je travaille dans l’enseignement privé parce que le concours est plus facile que dans le public, si je peux, justement, faire un dessin, vite fait, pour une porte ouverte, des vœux de début d'année - et comment çà se fait que je connais quelque chose à l'informatique puisque - justement- je suis professeur de dessin.

 

Les enfants me font rire, de la sixième à la terminale, lorsqu'ils sont spontanés, lorsque  leurs écrits ou leur paroles me poussent à réfléchir

" autrement", lorsqu'ils créent, se laissent aller au bonheur de l'inattendu, et me surprennent, m'apprennent.

 

Lorsque les enfants ne me feront plus rire, que j'oublierai qu'en fin d'après-midi il est normal que les petits sautent d'impatience sur leur chaise, lorsque j'oublierai aussi  que mes propres enfants n'aimaient pas la langue de bœuf à la cantine, qu'une enseignante  désemparée m'a  suppliée de faire apprendre la grammaire à un de mes fils ( oubliant qu'il est déjà bilingue, mieux qu'elle-même), lorsque j'oublierai que c'est grâce à une institutrice douce qu'un de mes fils a accepté l'école, parce qu'elle le laissait lire dans son coin,j'arrêterai ce métier.

 

Les grands me font rire lorsque je lis dans une copie " on voit à leurs vêtements de fortune qu'ils sont pauvres ".

Quand je reprend le collier, je pense à leurs regards surpris, rafraîchis, lorsque j'éclate de rire devant eux.

Donc j'y retourne. Malgré.