Vous reconnaitrez-vous, les ayatollahs du métro ligne 12, jeudi soir 2 mars?

Adossé à la porte, l'homme en manteau court bleu marine, belle confection et finition soignée, frôle de son épaule le tissu vert, fatigué, de mon vieux manteau.Nous sommes dans le métro, balancés comme il se doit par le trajet du wagon. Nous parlons peu, le niveau sonore nous le permettant à peine, mais mes voisins de gauche s'entretiennent suffisamment fort pour que je puisse comprendre la totalité de la conversation, destinée à instruire un jeune homme d'une quinzaine d'années, cheveux bouclés et yeux en amande, qui écoute attentivement.

Ils parlent de la réforme de l'enseignement et de l'importance de la formation. Le jeune homme au manteau bleu,menton levé comme beaucoup d'hommes de petite taille le font, parle avec confiance et précision, certain de ce qu'il avance et très professoral.

Le troisième interlocuteur, lunettes cerclées de faux or et bouche aux angles attirés vers le sol sale, est en mode grognon et se plaint de l'inconsistance de l'enseignement et de l'absurdité du recrutement en université.

Je suppose que ce monsieur inconsistant et fâché et le petit barbu bleu étaient des élèves parfaits et sont des enseignants efficaces...

Aux mots " arts plastiques", je dresse l'oreille.

- De toutes les façons, une heure d'arts plastiques et de musique, cela ne sert à rien au collège. Tu as des souvenirs, toi?

-Oh non, de toutes façon, elle était nulle ma prof.

- C'est bien ce que je te dis.

( je me tourne vers le jeune homme qui m'accompagne:-j'aurais presque envie d'intervenir la- mais non laisse tomber ces gens n'ont pas d'importance )

Le barbichu bleu:

- Ce sont des matières qui prennent la place à d'autres, les fondamentaux voila l'importance pour le socle

( je reconnais bien là le jargon de l'Education Nationale)

et les fondamentaux c'est çà qui te préparera à l'université.Tu ne crois pas?

-Ben oui, dit le jeune homme,il faudra.

-De toutes les façons, avant la guerre, quinze pour cent des élèves avaient le baccalauréat,  ( y en a-t-il besoin?), maintenant ce sont quatre-vingt-pour-cent, c'est pour te dire, çà ne sert a rien,  grommelle la monture de lunette à la bouche désabusée.

-Ben oui, dit le jeune homme, pourtant il faudra.

( la remarque m'est sibylline, je regarde mon fils: -non mais je ne peux pas laisser dire, c'est complètement sorti du contexte- mais laisse tomber ils vont descendre à la prochaine)

- enfin tu es bien d'accord que çà ne sert à rien, on y apprend rien, pense aux sciences...

-Ben oui, fait le docile, il faut bien.

La rame s'arrête, nous allons à un concert, tiens justement...

(Ecoute zut, je m'y mets- naaaaaaaaaaan, sourit mon fils, allez on descend-t'exagères

J'avais le temps de les rattraper dans le couloir, on est descendu ensemble )

Eh bien tiens en descendant!

Je tombe sur une affiche qui met un peu de baume au coeur, et je me dis que l'obscurantisme , c'est quotidien, et çà va avec l'ignorance et l'arrogance.

Ca fait mal au ventre de travailler pour l'Education nationale, parfois.

 

 

 

 

 

 

Adossé à la porte, l'homme en manteau court bleu marine, belle confection et finition soignée, frôle de son épaule le tissu vert, fatigué, de mon vieux manteau.Nous sommes dans le métro, balancés comme il se doit par le trajet du wagon. Nous parlons peu, le niveau sonore nous le permettant à peine, mais mes voisins de gauche s'entretiennent suffisamment fort pour que je puisse comprendre la totalité de la conversation, destinée à instruire un jeune homme d'une quinzaine d'années, cheveux bouclés et yeux en amande, qui écoute attentivement.

Ils parlent de la réforme de l'enseignement et de l'importance de la formation. Le jeune homme au manteau bleu,menton levé comme beaucoup d'hommes de petite taille le font, parle avec confiance et précision, certain de ce qu'il avance et très professoral.

Le troisième interlocuteur, lunettes cerclées de faux or et bouche aux angles attirés vers le sol sale, est en mode grognon et se plaint de l'inconsistance de l'enseignement et de l'absurdité du recrutement en université.

Je suppose que ce monsieur inconsistant et fâché et le petit barbu bleu étaient des élèves parfaits et sont des enseignants efficaces...

Aux mots " arts plastiques", je dresse l'oreille.

- De toutes les façons, une heure d'arts plastiques et de musique, cela ne sert à rien au collège. Tu as des souvenirs, toi?

-Oh non, de toutes façon, elle était nulle ma prof.

- C'est bien ce que je te dis.

( je me tourne vers le jeune homme qui m'accompagne:-j'aurais presque envie d'intervenir la- mais non laisse tomber ces gens n'ont pas d'importance )

Le barbichu bleu:

- Ce sont des matières qui prennent la place à d'autres, les fondamentaux voila l'importance pour le socle

( je reconnais bien là le jargon de l'Education Nationale)

et les fondamentaux c'est çà qui te préparera à l'université.Tu ne crois pas?

-Ben oui, dit le jeune homme,il faudra.

-De toutes les façons, avant la guerre, quinze pour cent des élèves avaient le baccalauréat,  ( y en a-t-il besoin?), maintenant ce sont quatre-vingt-pour-cent, c'est pour te dire, çà ne sert a rien,  grommelle la monture de lunette à la bouche désabusée.

-Ben oui, dit le jeune homme, pourtant il faudra.

( la remarque m'est sibylline, je regarde mon fils: -non mais je ne peux pas laisser dire, c'est complètement sorti du contexte- mais laisse tomber ils vont descendre à la prochaine)

- enfin tu es bien d'accord que çà ne sert à rien, on y apprend rien, pense aux sciences...

-Ben oui, fait le docile, il faut bien.

La rame s'arrête, nous allons à un concert, tiens justement...

(Ecoute zut, je m'y mets- naaaaaaaaaaan, sourit mon fils, allez on descend-t'exagères

J'avais le temps de les rattraper dans le couloir, on est descendu ensemble )

Eh bien tiens en descendant!

Je tombe sur une affiche qui met un peu de baume au coeur, et je me dis que l'obscurantisme , c'est quotidien, et çà va avec l'ignorance et l'arrogance.

 

 

" l'île-de-France s'affiche comme une terre de cultures! Arts plastiques, musique, spectacle vivant, cinéma...."

 

 

 

 

 

Les migrants de l'art moderne

 

Suivant attentivement l’excellente série inspirée par Dan Franck, réalisée par Amélie Harrault, Pauline Gaillard, Valérie Loiseleux en 2015   «  les aventuriers de l’art moderne »,  diffusée sur Arte, je me suis demandée ce qu’il serait advenu si tous ces migrants, plus ou moins fauchés, parfois même misérables, sans famille, sans caution,  avaient dû être reconduits à la frontière, ne réunissant pas les conditions nécessaires pour obtenir la nationalité française. Et donc n’étant pas aptes à travailler sur « notre «  sol.

 

- Louis Marcoussis est polonais de naissance, il arrive à Paris en 1903- Il obtiendra la nationalité française en 1935, à 57 ans seulement

- Chaïm Soutine a gardé la nationalité russe, il arrive à Paris en tant que migrant le 14 juillet 1913 à vingt ans.

- Amedeo Modigliani arrive à Paris en 1903,  à dix-neuf ans, comme Juan Gris, et conserve sa nationalité italienne.

- Guillaume Apollinaire de Kossowitski, né a Rome d’une mère polonaise et vraisemblablement d’un père italien,  voyage au gré des envies de sa mère aventurière et fantasque aux yeux du bourgeois ; il arrivera à Paris en 1902 à vingt-deux ans  et demandera sa naturalisation pour partir  au front en 1914, où il sera héroïque.

- Marc Chagall, né en Biélorussie, arrive à Paris en 1910, repart en Russie, rentre et demande la nationalité française en 1937, à cinquante ans

- Moïse Kisling, arrivé à Paris en 1910 à dix-neuf ans également, s’engage dans la Légion et obtient la nationalité française en 1915 après s’être battu dans la Somme.

- Marie Vassiliev arrive à Paris en 1907, elle vient de Russie, elle est artiste peintre. Je n’ai pas trouvé de mention d’obtention de nationalité française.

- Juan Gris a 19 ans quand il arrive à Paris en 1906.Il n’obtiendra jamais la nationalité française malgré sa demande.

 

Et d’ailleurs…

 

Voici le cas de Pablo Paul Diegue Joseph François Jean Nepomucene Crépin de la Très Sainte Trinité Ruiz y Picasso, dit Pablo Picasso.

« Débarqué à Paris, le 5 mai 1901, pour sa première exposition, il fait, dès le 18 juin, l'objet d'un rapport du commissaire de police chef de la 3e brigade, adressé au directeur général des Recherches. «Objet: au sujet du nommé Picasso Ruiz Pablo, à qui l'anarchiste surveillé Manach Pierre donne asile.»

 

[Dans la liste des questions destinées à étudier la demande de Picasso, le 3 avril 1940 :]

 

«Constitue-t-il, en raison de ses aptitudes professionnelles, un apport intéressant pour la collectivité? - Oui.» Conclusion générale du commissaire: «Bons renseignements. Avis favorable.» 

 

« La préfecture de police signe [donc]un avis favorable, mais les renseignements généraux jugent « [indésirable] ce « peintre soi-disant moderne, qui a placé son argent à l'étranger» Bref, il «doit être considéré comme suspect au point de vue national» et «n'a aucun titre pour obtenir la naturalisation». 

 

Ainsi nous renseigne un article absurde et très sérieux de l’Express, se basant sur un rapport que le NKVD puis le KGB se sont approprié à la fin de la seconde guerre mondiale, après que l’Allemagne ait confisqué les archives de la Sûreté nationale, du ministère de l’intérieur et de la préfecture de Police en 1940 pour les stocker à Berlin, en Tchécoslovaquie et enfin en Basse-Silésie.

 

Pablo Picasso a donc  demandé la nationalité française le 3 avril 1940 et ne l’a jamais obtenue. Il adhèrera au Parti Communiste en 1944.

 Et tous ces pauvres types, ces migrants, ces errants, ces sans-le-sou, sont les fondateurs de l’art moderne.

 

« Der Bürger wünscht sich die Kunst üppig und das Leben asketisch «  Theodor Adorno 1903-1969

Traduction: « Le bourgeois souhaite pour lui-même que l’art soit excentrique et la vie ascétique « 

 

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Après l'exposition... 

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